Suit and tie

Suit and tie

Quelque part dans les années 1990, le litchi martini était un cocktail très populaire, dans la vague des martinis fruités et sucrés, à un moment où le cocktail n’avait pas encore tout fait commencé sa renaissance. Kristina Magro, du bar Lone Wolf Tavern de Chicago, s’est emparée de la recette qui proposait une moitié de gin et une moitié de liqueur de litchi pour créer quelque chose de neuf, de moins sucré (et d’un peu moins sexiste car il faut bien avouer qu’à une époque, les cocktails colorés et fruités étaient automatiquement associés aux femmes – et cela perdure encore, malheureusement dans certains bars).

J’ai trouvé la recette sur le site de Punch:

  • 4,5 cl (1,5 oz) de gin Monkey 47
  • 2,2 cl (0,75 oz) de Manzanilla Papirusa Lustau (Manzanilla Osborne)
  • 2,2 cl (0,75 oz) de liqueur de litchi Lichi-Li de Giffard
  • 1 trait d’absinthe
  • 1 litchi pour décorer

Rincer un verre à martini ou une coupe avec le trait d’absinthe (quelques gouttes suffisent, sinon le goût est trop fort). Mettre tous les autres ingrédients dans un verre à mélange avec des glaçons et remuer pour refroidir. Verser en filtrant dans le verre et décorer avec le litchi.

Difficulté: *** des ingrédients précis qui se trouvent dans des magasins spécialisés. J’ai moi-même été racheter spécialement du Monkey 47 pour l’occasion.

Goût: un cocktail à la fois sec et sucré et boisé – le gin Monkey 47 ajoute vraiment une touche fruitée intéressante que d’autres gins ne possèdent pas (même si le cocktail est pas mal aussi avec d’autres marques – j’avais tenté la recette avec un autre gin mais je ne sais plus lequel).

La Perla

La Perla

Cette semaine, je voulais préparer un cocktail totalement différent de mes habitudes, tout en n’utilisant pas trop d’ingrédients. En feuilletant Cocktail chronicles de Paul Clarke (un des livres vers lesquels je reviens souvent quand je suis en manque d’inspiration), je suis tombée sur La Perla, un cocktail qui correspondait bien à mes souhaits et qui m’intriguait en même temps. En effet, ce cocktail, créé en 2005 par Jacques Bezuidenhaut à San Francisco, combine des ingrédients inédits, surtout à cette époque: de la tequila, du sherry et de la liqueur de poire. Depuis, la recette a été partagée dans de nombreux livres, devenant un nouveau classique.

  • 4,5 cl (1,5 oz) de tequila reposado (El Domador)
  • 4,5 cl (1,5 oz) de sherry manzanilla (Osborne)
  • 2,2 cl (0,75 oz) de liqueur de poire (Crème de poire Williams Merlet)
  • un zeste de citron pour décorer

Mettre tous les ingrédients dans un verre à mélange avec des glaçons et remuer pour bien refroidir. Filtrer dans un verre à cocktail et décorer avec un zeste de citron.

Difficulté: *** trois ingrédients mais pas les plus courants. La tequila vient du supermarché, le reste d’un site web (mais pourrait être commandé chez un caviste).

Goût: le mélange des trois ingrédients donne un arôme de cacao (je suis peut-être la seule à goûter ça), mais laisse bien passer le goût boisé du sherry. Un cocktail intéressant et au goût surprenant – je ne m’attendais pas du tout au côté chocolaté et sec en même temps.

Girl from Jerez

Girl from Jerez

En créant le Girl from Jerez au printemps 2009, Jim Meehan s’est inspiré des douces sonorités du saxophone de Stan Getz dans Girl from Ipanema. Ce cocktail, clairement dérivé d’un daiquiri, mélange cachaça et rhum, mais ajoute du sherry pour atténuer l’acidité du citron.

J’ai trouvé la recette dans le livre de Jim Meehan, The PDT Cocktail Book:

  • 3 cl de rhum Clément VSOP (Dillon très vieux)
  • 3 cl de cachaça Mãe de Ouro (Sagatiba)
  • 2,2 cl de jus de citron vert
  • 1,5 cl de Pedro Ximénez Lustau (Manzanilla Osborne)
  • 1 cuillère de bar de St. Elizabeth Allspice Dram (pimento dram The Bitter Truth)

Mettre tous les ingrédients dans un shaker avec des glaçons et secouer. Filtrer dans une coupe refroidie et garnir avec de la noix de muscade moulue.

Difficulté: *** les ingrédients ne sont pas extrêmement compliqués à trouver mais il faudra aller plus loin que le supermarché pour le pimento dram.

Goût: je ne l’avais pas remarqué en préparant le cocktail mais il n’y a pas de sucre comme dans un daiquiri, ce qui rend ce Girl from Jerez très sec et acide. Ceci est probablement causé par mon choix de sherry – il semblerait que le Pedro Ximénez est sucré, ce qui n’est pas le cas de la Manzanilla (ce qui prouve également que je ne pas grand chose au sherry). Je me plains en général des cocktails trop sucrés, celui-ci est le contraire et aurait mérité une toute petite touche de sirop. A part ça, le mélange est épicé et boisé grâce à l’ajout de sherry et de pimento dram.

Samoan Fog Cutter

Samoan Fog Cutter

Créé dans les années 1940 par Trader Vic, le Fog Cutter est un de ces cocktails qui marient différents alcools en grande quantité, tout comme le Long Island Ice Tea. Pas besoin de boire plus deux verres pour se retrouver dans le brouillard le plus complet avec cette première version ! Trader Vic a donc concocté le Samoan Fog Cutter un décennie plus tard, diminuant les doses d’alcool et utilisant de la glace pilée qui rallonge quelque peu la boisson. Ce cocktail est devenu un classique de Trader Vic, après le Mai Tai et le Scorpion, et a connu de nombreuses versions, son créateur ayant publié la recette en 1947 dans son Bartender’s Guide.  A vrai dire, le Fog Cutter est un Scorpion auquel il a ajouté du gin et du sherry. Il contient tous les éléments typiques d’un cocktail de Trader Vic, le démarquant de ceux de Donn The Beachcomber: du jus de citron et non de lime, du sirop d’orgeat, un mélange de plusieurs alcools plutôt qu’une combinaison de rhums. Jeff Berry propose la recette originale dans Remixed mais aussi la version samoane que j’ai préparé et qu’il considère comme bien plus équilibrée.

La recette vient donc de Jeff Berry, Beachbum Berry remixed:

  • 6 cl de jus de citron pressé
  • 3 cl de jus d’orange pressé
  • 1,5 cl de sirop d’orgeat (Giffard)
  • 1,5 cl de cognac (Gautier VSOP)
  • 1,5 cl de gin (Beefeater)
  • 4,5 cl de rhum léger portoricain (Banks 5)
  • 1,5 cl de cream sherry (Osborne manzanilla sucré)
  • 1 tasse (cup) de glace pilée

Mettre tous les ingrédients sauf le sherry dans un blender et mixer pendant dix secondes. Verser sans filtrer dans un mug Fog Cutter ou dans un verre collins ou dans un autre mug et ajouter de la glace pour remplir si nécessaire. Verser le sherry par dessus et décorer d’un brin de menthe.

Difficulté: **(*) même s’il faut beaucoup d’ingrédients, tout est facilement trouvable en supermarché. En rhum, il y a moyen d’utiliser du Havana Club 3 años ou du Plantation 3*. Le cream sherry est quelque chose d’assez inconnu par ici, c’est souvent utilisé en pâtisserie dans les pays anglo-saxons et en gros, si j’ai bien compris, c’est du sherry sucré. J’ai donc rajouté un peu de sucre dans mon sherry sec et ça fait l’affaire. Des recettes plus modernes utilisent d’ailleurs du sherry dry.

Goût: un cocktail frais et peu sucré. Difficile de vraiment bien distinguer chacun des alcools à part le sherry qui ajoute une touche spéciale.

En bonus, un clip (en anglais) qui explique l’histoire du cocktail et qui propose la recette de Martin Cate du Smuggler’s Cove:

Bamboo Cocktail

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Avec son nom évoquant le bambou, on pourrait croire à un cocktail tiki, mais ce n’est pas le cas. Son nom exotique a sans doute été inspiré par le vie de son créateur. Louis Eppinger, d’origine allemande, arrive en 1889 au Grand Hotel de Yokohama, après un détour par San Francisco, La Nouvelle-Orléans, Portland et sans doute encore ailleurs. Contemporain de Jerry Thomas (le premier barman à écrire un recueil de recettes – toute cette histoire est très bien racontée dans Imbibe de David Wondrich), il a travaillé dans de nombreux bars. Le Japon était alors dans une période d’ouverture à l’Occident et engager un barman européen ou américain avait pour but d’attirer un public mélangé d’officiers de la marine et de voyageurs divers navigant sur les mers du monde. Eppinger planifiait les menus, parcourait les marchés à la recherche de délicatesses locales, accueillait les touristes et concevait des cocktails. Est-ce que le Bamboo Cocktail a vraiment été créé au Japon ? David Wondrich pense que ce n’est pas le cas. Il date probablement du début des années 1880 quand Eppinger tenait un bar sur Halleck Street à San Francisco. En 1886, il apparaît dans les pages d’un journal local de Saint-Paul, avec des proportions différentes. L’association de vermouth et de sherry n’est pas étonnante pour l’époque, ces deux alcools étaient assez populaires et répandus aux Etats-Unis.

Cette recette est présente dans divers livres.

  • 1,5 oz (4,5 cl) de dry vermouth (Dolin Dry)
  • 1,5 oz (4,5 cl) de sherry fino, manzanilla ou amontillado (Osborne Fino)
  • 1 trait de bitters (Angostura)
  • 1 trait de bitters à l’orange (The Bitter Truth)

Verser tous les ingrédients dans un verre à mélange avec des glaçons et remuer à la cuillère. Filtrer dans une coupe ou un verre style martini. Décorer d’un zeste d’orange (ou d’une olive).

Difficulté: ** des ingrédients relativement faciles à trouver, à part peut-être les bitters à l’orange (je conseille le mini-coffret de The Bitter Truth qui contient celui à l’orange et qui se vend dans les grands Delhaize).

Goût: un cocktail peu alcoolisé, idéal quand on n’a pas envie de quelque chose de fort. Des goûts qui se marient bien mais sans que cela produise quelque chose de surprenant. Un cocktail tout en douceur plutôt.

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Le Grand Hotel de Yokohama (source)